Derrière le grand bourdon velu qui nous semble si familier, se cache une surprenante et fragile diversité.
Que désigne-t-on par « bourdons » ?
Ce sont des abeilles sauvages assez trapues et poilues, parfois confondues avec des mâles d’Abeille domestique, dits « faux bourdons ». Ils arborent de multiples coloris : fauve, noir à abdomen blanc ou rouge, avec ou sans bandes jaunes… Sur le plan de la classification scientifique, ils forment le genre Bombus. Tout comme l’Abeille domestique, ce sont des insectes sociaux qui vivent en colonies avec une reine, des mâles et des femelles ouvrières stériles. Selon les espèces, ces colonies prennent place dans d’anciens terriers de petits mammifères, à même le sol dans l’herbe, sous des pierres… La détermination des espèces est complexe et nécessite la plupart du temps un examen à la loupe binoculaire, car il existe des variabilités entre individus d’une même espèce, et des ressemblances entre espèces. Ainsi, le bourdon noir avec deux bandes jaunes et le bout de l’abdomen blanc, qui correspond à l’image classique qu’on se fait du bourdon, peut en réalité correspondre à quatre espèces différentes, qui ont ce même pattern de couleurs.
Certains bourdons sont-ils facilement reconnaissables à vue ?
Sur la région, il n’y a guère que deux espèces que chacun peut discerner : le Bourdon des arbres, noir avec le dessus du thorax brun et l’extrémité de l’abdomen blanc, et le Bourdon des prés, noir avec deux bandes jaunes et le bout de l’abdomen roux. Pour cette espèce, l’identification est possible uniquement si l’on se situe en dessous de 400 m d’altitude, car dans le cas contraire, il peut être confondu avec une autre espèce de moyenne altitude, par exemple présente dans le Morvan.
Combien d’espèces abrite la région ?
La Bourgogne-Franche-Comté compte 36 espèces sur les 44 dénombrées en France. Beaucoup de bourdons étant d’affinité montagnarde, le massif du Jura, et dans une moindre mesure le Morvan, contribuent à cette belle diversité. Le Bourdon montagnard et le Bourdon distingué ne se retrouvent ainsi que dans le massif jurassien. Ce sont des espèces rares particulièrement fragilisées par le réchauffement climatique. Plus globalement, les bourdons comptent parmi les espèces d’abeilles les plus sensibles à cette menace. La perte de leurs habitats, la fragmentation des milieux naturels et les pesticides participent aussi à leur déclin généralisé.
Magdalena BRUGGER,
Chargée de missions entomologie à la Société d’histoire naturelle d’Autun – Observatoire de la faune de Bourgogne
Si notre connaissance des bourdons est relativement bonne, des progrès restent à faire, notamment sur leur répartition. Dans le cadre d’un programme sur les pollinisateurs, de nombreuses prospections ont été menées ces deux dernières années sur les quatre départements bourguignons. Elles ont permis de faire quelques découvertes ou redécouvertes, comme celle du rare Bourdon souterrain, ou du Bourdon velouté, qui n’avait pas été observé en Bourgogne depuis plus de 50 ans. Il s’agit d’une heureuse surprise pour cette espèce classée vulnérable dans la liste rouge européenne des abeilles. Le protocole européen EU PoMS*, qui vise à évaluer l’état des populations et les causes de déclin des pollinisateurs, et dont la mise en œuvre est prévue d’ici 2027, donnera bientôt lieu à de nouveaux inventaires. L’équipe de la Société d’histoire naturelle d’Autun – Observatoire de la faune de Bourgogne se forme actuellement à cette fin.
Mini-glossaire
EU PoMS : European Union Pollinator Monitoring Scheme.