De plus en plus de ponts bourguignons sont équipés pour réduire le risque d’écrasement routier de la Loutre, au bénéfice de bien d’autres mammifères.
Combien de banquettes à Loutre existent désormais en Bourgogne ?
On en compte 50, dont plus de 20 créées ces 2 dernières années. Il y a une dizaine d’années, grâce au financement de l’Agence de l’eau Seine-Normandie, des Conseils départementaux et de l’État via les Fonds Verts, la SHNA-OFAB* a débuté un programme pour diagnostiquer quelles sections routières avec des ponts enjambant des cours d’eau représentaient des points noirs pour la Loutre. C’est d’abord sur les traversées les plus dangereuses que des banquettes ont été envisagées, mais nous encourageons plus largement à en installer au maximum, dès lors que des travaux de réfection de ponts sont entrepris. Les services des routes et biodiversité des Conseils départementaux jouent un rôle déterminant dans le déploiement. Le partenariat bâti avec eux par la SHNA-OFAB porte ses fruits, puisqu’après un important travail de sensibilisation, certains sont devenus quasi autonomes sur la thématique.
Ces banquettes sont-elles efficaces ?
Elles le sont dans l’ensemble, et nous veillons à ce que des réaménagements soient effectués quand elles s’avèrent moins opérationnelles. Sur certaines, des épreintes* ont été trouvées rapidement après leur mise en place. Sur d’autres, où nous pensions avoir une configuration aussi favorable, les loutres ont mis du temps à s’approprier le passage, car l’espèce n’est pas encore bien implantée sur ces secteurs. Cela explique ces résultats nuancés. Quelques individus peuvent être en transit, sans fréquentation régulière. L’espèce avait presque entièrement disparu de nos rivières et les recolonise peu à peu. Il est donc pertinent de penser ces aménagements pour anticiper son retour. Pour évaluer précisément l’utilité des dispositifs, depuis juin 2025, nous réalisons un suivi par pièges photographiques* de 9 banquettes nivernaises grâce au Conseil départemental de la Nièvre.
Que révèlent ces pièges ?
Nous comptabilisons beaucoup plus de déclenchements par tous types de faune sauvage que prévu, plus de 1 500 en 6 mois ! Sur les 9 banquettes, 4 sont empruntées par la Loutre. Seuls 3 % des déclenchements ont été causés par une loutre, les autres étant le fait de 32 autres espèces : Putois, Hérisson, Martre, Chat forestier… On parle de « banquette à Loutre », mais il faudrait plutôt dire « banquette à petite faune » ! Ces installations sont donc pertinentes à double titre : pour faciliter l’expansion d’une espèce protégée dont les effectifs restent fragiles, impactée par les collisions routières, 1ère cause de mortalité d’origine humaine. Et pour préserver plus globalement la faune, dont d’autres espèces protégées.
Mini glossaire
Épreinte : crotte de Loutre.
Piège photographique : caméra se déclenchant automatiquement en cas de mouvement.
SHNA-OFAB : Société d’histoire naturelle d’Autun – Observatoire de la faune de Bourgogne.
Damien LERAT,
Responsable du pôle Mammifères non volants de la Société d’histoire naturelle d’Autun – Observatoire de la faune de Bourgogne
Les banquettes à Loutre sont des passages en béton, en
acier, ou en matériaux naturels, permettant aux animaux de circuler sous les
ponts sans se mouiller, ni traverser les routes. Même la Loutre, pourtant
aquatique, cherche souvent à éviter l’eau pour se déplacer autour de ces
ouvrages, surtout lors d’épisodes de pluies intenses, de crues, lorsque le
courant est le plus fort. Avec les pièges photographiques, nous cherchons à estimer
quel type de banquette fonctionne le mieux. Il semble que le modèle en béton
soit le plus efficient, même si son aspect n’est pas le plus joli et qu’il peut
parfois être incompatible avec certains édifices en pierre. La banquette béton
est proposée en priorité, avec un report sur des solutions alternatives si nécessaire.
Sur un cours d’eau de faible largeur, une telle banquette peut accélérer le
courant au détriment de la population piscicole. Une passerelle en
encorbellement est alors préférable.
Pour aller plus loin, retrouvez un article détaillé sur les banquettes à loutre en Bourgogne dans la revue scientifique Bourgogne-Franche-Comté Nature n°42, disponible avec l’abonnement 2025.