La région Bourgogne-Franche-Comté compte désormais 21 réserves naturelles régionales, les deux plus récentes ayant pour objet des milieux souterrains et leurs habitantes en mal de tranquillité.
Pouvez-vous nous présenter les nouvelles réserves naturelles à chauves-souris de la région ?
Elles sont situées en Côte-d’Or, la Réserve Naturelle Régionale (RNR) de la Grotte du Contard à Plombières-lès-Dijon, et celle du Peuptu de la Combe Chaignay à Vernot. Leur superficie est de 26 et 36 hectares en surface, auxquels s’ajoutent des réseaux souterrains. Suite à leur création en décembre 2025, la SHNA-OFAB* a été désignée gestionnaire par la Région en février. Ces réserves sont les premières du genre en Bourgogne, mais il en existait déjà sept de la sorte en Franche-Comté. Elles viennent élargir ce que l’on dénomme le réseau des RNR de cavités à chiroptères, géré par la CPEPESC* côté franc-comtois. Les deux sites bourguignons sont suivis pour leurs chiroptères depuis les années 1950.
Qu’est-ce qui leur vaut ce classement ?
Ils accueillent au moins 15 espèces de chauves-souris, dont le Grand Murin, qui s’y reproduit, mais dont les effectifs baissent de façon préoccupante. Leur espèce phare est le Minioptère de Schreibers, qui connaît nationalement une forte régression. Il est en danger d’extinction en Bourgogne, où l’on ne dispose plus de preuve de sa reproduction depuis les années 1960. Les deux réserves restent pour l’espèce une zone de transit à l’automne et au printemps, entre ses gîtes d’été et d’hiver, et quelques individus y hibernent. Les dérangements n’offraient jusqu’ici pas d’espoir pour que ces cavités redeviennent des lieux de mise bas. Le classement en réserve va participer à protéger le Minioptère, connu sur seulement quatre cavités en Bourgogne. Les échanges mis en évidence avec les populations franc-comtoises renforcent la pertinence d’étoffer le réseau des RNR de cavités.
Quelles actions sont pressenties ?
Elles viseront à enrayer le déclin des espèces fréquentant les deux RNR, en restreignant notamment leur accès. Car en causant stress et perte d’énergie, les nombreuses visites, de jour comme de nuit, sont parfois mortelles pour les chauves-souris. Dans le cadre de contrats Natura 2000*, la pose de grilles en 2020 avait montré son efficacité. Des dispositifs renforcés pourraient être instaurés, selon le plan de gestion en cours de rédaction. Un travail avec l’ONF*, gestionnaire des forêts domaniales présentes sur les RNR et dans leurs environs, est aussi envisagé pour agir sur les zones de chasse des chauves-souris. Laisser des parcelles en libre évolution renforcerait leur attrait pour les chiroptères et la biodiversité en général, et les rendrait plus résilientes.
Mini glossaire :
CPEPESC : Commission de protection des eaux, du patrimoine, de l’environnement, du sous-sol et des chiroptères de Franche-Comté.
Natura 2000 : réseau européen de sites naturels ayant une valeur patrimoniale, dont la charte s’attache à les préserver.
ONF : Office national des forêts.
SHNA-OFAB : Société d’histoire naturelle d’Autun – Observatoire de la faune de Bourgogne.
David BEAUDOIN,
Président de la Société d’histoire naturelle d’Autun – Observatoire de la faune de Bourgogne
Stéphane WOYNAROSKI,
Conseiller régional délégué à la biodiversité et l’eau à la Région Bourgogne-Franche-Comté
Pleinement consciente de l’effondrement de la biodiversité, la Région Bourgogne-Franche-Comté a souhaité procéder à ces deux classements, qui relèvent de son autorité. Cette volonté forte de protection se traduit à travers les plus de 5 000 ha de réserves naturelles régionales, et par un financement annuel d’1 M€ pour en assurer le fonctionnement, tant pour la gestion quotidienne que pour la réalisation de travaux. La SHNA-OFAB est une association scientifique qui conduit des inventaires, mais n’endosse généralement pas le rôle de gestionnaire d’espaces naturels. Localement, c’est plutôt le Conservatoire d’espaces naturels de Bourgogne qui s’en charge, mais il n’a pas les moyens d’être partout. En bonne entente avec celui-ci, la SHNA-OFAB a donc pour la première fois, décidé de se positionner pour la gestion de ces sites. C’est une mission inédite pour elle qui l’attend, qu’elle saura mener grâce à son expérience de terrain et à l’instauration de partenariats.