Riche en enseignements préhistoriques, la Roche de Solutré a aussi beaucoup à nous apprendre sur son histoire plus lointaine encore, à l’échelle géologique.
Comment la Roche de Solutré a-t-elle acquis sa position dominante dans le paysage mâconnais ?
Il y a une trentaine de millions d’années, des phénomènes tectoniques ont mis en relief Solutré, en lien avec l’orogenèse* alpine. Zone de distension, la Bresse a connu un écartement de ses roches sédimentaires, ce qui a créé un rift, le fossé bressan. À l’est et à l’ouest, ont émergé les lèvres du rift, dont fait partie Solutré. Il en est de même pour la Roche de Vergisson, un peu plus au nord.
De quelle nature est la Roche de Solutré ?
C’est une roche carbonatée calcaire qui s’est mise en place en conditions marines il y a environ 160 millions d’années, à la période du Jurassique. Sous un climat vraisemblablement tropical, la région était alors immergée sous une mer peu profonde, de quelques dizaines de mètres de profondeur, et relativement chaude. À la base de la roche, on observe aujourd’hui ce que l’on nomme des « laminations ondulées », c’est-à-dire des sortes de lignes en vaguelettes. Elles évoquent que le sable calcaire a été remanié par des marées et soumis à des tempêtes d’équinoxe. Au sommet de la Roche de Solutré, on remarque par ailleurs des figures de dissolution. Bien que moins spectaculaires, celles-ci sont du même ordre que les lapiaz jurassiens : elles sont le fait des acides organiques des racines des végétaux, et surtout de la pluie, légèrement acide. Car comme tous les carbonates, le calcaire est soluble dans l’eau. Sur le plan paléontologique, Solutré renferme des restes de coraux et d’échinodermes, animaux de l’embranchement des oursins et des étoiles de mer, à l’aspect proche de leurs descendants actuels.
Quels indices laissent penser à une variation des profondeurs marines ?
Sur les secteurs moins calcaires, donc plus argileux, aux grains plus fins, les sédiments n’ont pu se déposer que dans un contexte hydrodynamique moins fort. On suppose que des augmentations périodiques de profondeur ont eu lieu. Une vague a généralement une action sur une vingtaine de mètres de profondeur. En cas de tempête, l’action peut s’étendre jusqu’à 150 m de profondeur. La mer aurait ainsi potentiellement atteint ici les 200 mètres de profondeur. Ceci pourrait s’expliquer par des alternances plus ou moins régulières de cycles glaciaires et interglaciaires. Quand la Terre traversait des périodes de réchauffement, la fonte des calottes glaciaires aurait alimenté la mer en eau.
Mini-glossaire
Orogenèse : mise en place d’une montagne.
Didier QUESNE,
Sédimentologue Maître de conférences au laboratoire Biogéosciences, Université Bourgogne Europe, jusqu’en 2025
Culminant à 493 mètres, la Roche de Solutré se voit à une grande distance. Selon une légende depuis démentie, les humains du Paléolithique précipitaient les animaux du haut de la falaise pour les chasser. Des études archéologiques plus récentes ont permis de faire la lumière sur les nombreux ossements de chevaux retrouvés à proximité des falaises, qui avaient inspiré cette interprétation. D’une part, cette accumulation s’est produite sur plusieurs milliers d’années. D’autre part, le relief particulier de Solutré devait influencer le parcours migratoire des animaux, qui étaient sans doute amenés à passer par ce site surélevé pour gagner leurs quartiers de printemps. Les chasseurs préhistoriques auraient mis à profit cette concentration de gibiers pour y organiser des prélèvements.
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