Des passages souterrains pour les amphibiens

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Au moment stratégique de rejoindre les mares pour pondre, difficile pour crapauds et grenouilles d’échapper aux dangers routiers sans « crapauducs ».

Pourquoi la saison de reproduction des amphibiens est-elle particulièrement périlleuse ?

Entre fin février et début mars, dès lors que les températures atteignent 8 °C le soir et qu’il fait assez humide, les amphibiens sortent de la cachette où ils ont passé l’hiver pour aller se reproduire. La migration saisonnière vers les sites de ponte aquatiques est très dangereuse à plus d’un titre. Les amphibiens qui sont amenés à traverser des routes sont fréquemment écrasés, avec parfois des centaines de victimes au même endroit. Les cadavres de femelles remplies d’œufs, très glissants, sont source de dérapages pour les véhicules. Ils attirent des prédateurs, renards, blaireaux, sangliers, ce qui génère aussi un risque d’accidents par collisions. Éviter ce massacre est donc à la fois un enjeu de sécurité routière et de préservation de la biodiversité, ce qui nous est aussi vital.

Que faire si l’on repère un site d’écrasements ?

Il ne sert à rien de construire un aménagement fixe sans savoir exactement où passent les amphibiens. Il convient donc d’étudier la situation pendant au moins trois ans, si possible cinq. Au début de la migration, on tend une barrière en grillage plastique de 50 cm de haut tout le long de la route concernée, du côté de l’arrivée des amphibiens. Tous les 20 m, on creuse un trou dans lequel on place un seau numéroté destiné à recueillir les individus. Chaque matin, on vide les seaux en identifiant leur contenu : nombre d’individus de chaque espèce, sexe, âge, de sorte à dresser une cartographie détaillée des passages. À l’issue de cette période d’observation préliminaire, on est à même de définir où l’installation d’un passage souterrain sera la plus efficace.

Quelle forme prend un passage à amphibiens ?

Il s’agit de barrer l’itinéraire de migration en créant un muret en béton que les amphibiens vont longer jusqu’à tomber dans un trou d’à peu près 40 cm de profondeur, par lequel ils accéderont à un petit tunnel passant sous la voirie. Le dispositif doit fonctionner dans les deux sens pour la migration de retour, qui est toutefois plus étalée dans le temps et diffuse. Si l’itinéraire principal est suivi par moins d’individus, il reste valable, et si quelques écrasements persistent, on peut considérer que l’espèce a été sauvée du fait du succès de reproduction. Selon les cas de figure, certains passages fonctionnent pour une ou plusieurs espèces.

 

Mini-glossaire : 

DREAL : Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement.

Jean-François NOBLET,

Naturaliste, Auteur, Coprésident de l’association Le Pic Vert

Les amphibiens étant tous protégés par la loi, la délivrance d’une autorisation de captures momentanées par la DREAL* est un préalable pour réaliser la phase d’étude. Il est nécessaire de s’assurer que les personnes mobilisées savent identifier les animaux et les manipuler sans les esquinter, avec les précautions sanitaires d’usage. Les bénévoles doivent être disponibles tous les jours à 8 heures jusqu’à fin mars pour procéder à la détermination, puis amener les amphibiens jusqu’aux berges du point d’eau où doivent avoir lieu les pontes, de l’autre côté de la route. Il est utile de faire appel à des associations locales ou à la Société herpétologique de France, tout indiquée sur le sujet, pour mener à bien le projet. Crapauds communs, grenouilles rousses, grenouilles agiles, ou encore tritons, dont les capacités de locomotion sont plus restreintes… chaque année, ce sont potentiellement des milliers d’animaux qui peuvent être sauvés grâce à un passage à amphibiens.

En Bourgogne, c’est la Société d’Histoire Naturelle d’Autun – Observatoire de la Faune de Bourgogne qui coordonne l’action SOS Amphibiens depuis 2012. L’association dispose d’une base de données régionale recensant les sites d’écrasements, et les hiérarchise (enjeux faibles, moyens ou forts). Des actions adaptées peuvent ensuite être mises en place, en lien étroit avec les services des routes et les bénévoles locaux.

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