Rechercher
Fermer ce champ de recherche.

Canicules et sécheresse 2022, quand l’exception s’annonce la règle

 Publié le 3 janvier 2023

Chaleur et manque d’eau ont fait de l’été 2022 un été exceptionnel. Les mois précédents, le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC) lançait sa 6e alerte sur le changement climatique, nous rappelant que d’ici 2050, cet été n’aura plus rien d’une exception.

En quoi la chaleur de l’été 2022 est-elle hors normes ?

Cet été a été le 2e le plus chaud jamais observé en France métropolitaine après celui de 2003. C’est la première fois que 3 vagues de chaleur se succèdent, portant le record à 33 jours de vagues de chaleur, contre 22 en 2003. La persistance de conditions très chaudes sur l’ensemble du territoire fut exceptionnelle et la première vague de chaleur très précoce : 15 juin. Autre fait marquant, certains records de températures ont été pulvérisés, en particulier sur la façade atlantique, par exemple de 5 °C par rapport aux anciens records dans plusieurs stations du Finistère.

Quelles incidences ces températures de l’air ont-elles eues sur celles de la mer ?

L’absence de répit face à cette chaleur couplée à peu de mistral ou de tramontane a engendré des températures de la mer Méditerranée de 4 à 5 °C au-dessus de la moyenne entre les Baléares, la Corse et l’Italie. La surface de l’eau a régulièrement atteint les 30 °C sur de vastes surfaces. Or les canicules marines impactent l’écosystème marin et sa biodiversité. En cas de conditions météorologiques réunies, elles sont aussi susceptibles d’amplifier les épisodes méditerranéens*, ou des phénomènes orageux comme celui du 18 août en Corse, avec des vitesses de vents inconnues sous nos latitudes. 

De tels événements étant sans précédent, ils sont difficilement prévisibles.

Le bilan des déficits en eau est-il aussi marqué ?

Oui. Sur le plan météorologique, le déficit en pluie a commencé dès janvier 2022. Hormis une brève rémission en juin lors de laquelle certains territoires comme la Bourgogne-Franche-Comté ont été excédentaires grâce à quelques gros orages, il a perduré tout du long jusqu’à l’automne. Ce cumul de mois déficitaires en pluie a rapidement conduit à un déficit hydrique, c’est-à-dire à une sécheresse du sol, ainsi qu’à un déficit hydrologique, c’est-à-dire à un manque d’eau dans les nappes et rivières. Le recours aux arrêtés sécheresse pour restreindre l’usage de l’eau a dû se généraliser. Cela a parfois généré un sentiment d’injustice, les golfs pouvant par exemple être arrosés quand les espaces verts municipaux ou les potagers souffraient de restrictions, ce qui incite à nous interroger collectivement pour améliorer l’acceptabilité du système. La sécheresse a aussi engendré un risque accru d’incendies, même dans les régions non méditerranéennes. Plus de 1 000 hectares sont ainsi partis en fumés dans le Jura. Un travail de prévention, notamment en forêt, doit être mené – y compris en Bourgogne, car si la région a été relativement épargnée, de tels événements sont à craindre à l’avenir.

 


 

 

 Le mot de l’expert

Yves RICHARD, Responsable du Centre de Recherches de Climatologie, Biogéosciences, Université de Bourgogne-Franche-Comté

Quels enseignements tirer de ce tableau alarmant ?

Nous devons nous préparer à ces longues séquences de sécheresses et de canicules. Les climatologues prédisent qu’elles seront de plus en plus fréquentes dès les décennies à venir. L’été 2022 pourrait être représentatif de ce qui sera la norme d’ici 2040 ou 2050. Il nous fournit une bonne base de réflexion pour transformer nos fonctionnements. Tous les usagers de l’eau doivent entre autres se mettre autour de la table pour s’entendre sur la répartition de l’eau disponible en définissant priorités et modalités. Les répercussions seront multiples, y compris sur nos modes de consommation. Les éleveurs ont été contraints de puiser dans leurs stocks de fourrage pour nourrir leurs troupeaux. Or leur production correspond bien à une demande, celle des consommateurs.

 


 

Pour en savoir plus

Retrouvez un article sur la 6e alerte du GIEC dans le n° 33 de la revue BFC NATURE. Tous les rapports du groupe d’experts sur l’évolution du climat sont consultables sur : www.ipcc.ch. Des versions résumées sont disponibles pour être accessibles même aux non initiés.

Mini-glossaire

Épisodes méditerranéens : dits régionalement « épisodes cévenoles », marquent par leurs pluies automnales torrentielles tout le pourtour méditerranéen, en France des Pyrénées orientales à la Corse en passant par les Cévennes et les Alpes du Sud.

 

 

Rechercher

Partagez :

Consulter d’autres articles : 

Nos dernières publications :