Au cœur de la commune de Châtillon-sur-Seine, des falaises d’une trentaine de mètres de hauteur laissent deviner un passé marin et un réseau souterrain.
À quoi doit-on les Falaises de Châtillon-sur-Seine ?
Comme pour les Rochers du Saussois, ce relief a été mis en évidence par le cours d’eau circulant dans la vallée : la Seine s’est progressivement enfoncée dans le substratum, dégageant dans le même temps les falaises. Celles-ci sont constituées de roches sédimentaires, plus précisément de roches carbonatées d’origine marine, datant du Jurassique moyen, soit d’il y a environ 170 millions d’années. Cela se traduit par un calcaire plutôt compact, à la teinte dorée. Si la pluie et les cyanobactéries le font apparaître gris clair, la couleur orangée se dévoile sous le marteau du géologue. Ce calcaire est plus ou moins argileux en fonction des niveaux marins, dont les délimitations se lisent dans les différents bancs des falaises. Le site s’inscrivait au sein d’un milieu marin tropical, avec une mer relativement chaude et peu profonde, de l’ordre d’une dizaine de mètres de profondeur, soumise à un cycle de marées.
Pourquoi parle-t-on de « calcaires à entroques » ?
Les entroques désignent une partie du squelette des crinoïdes, une classe d’animaux marins de l’embranchement des échinodermes, auquel appartiennent les oursins et les étoiles de mer. Avec leur pied ancré à un substrat solide, les crinoïdes évoquent une fleur, comme une tulipe. Ils possèdent une tige qui soutient un calice à travers lequel ils captent les micro-organismes dont ils se nourrissent. Les entroques correspondent aux restes des tiges fossilisées, que l’on retrouve en nombre dans les Falaises de Châtillon-sur-Seine.
Pourquoi l’eau occupe-t-elle une place d’importance dans ce massif ?
La pluie est retenue par les niveaux les plus argileux. Mais sur les niveaux carbonatés, le calcaire étant soluble, il est traversé par l’eau qui y creuse des galeries, formant un réseau que l’on qualifie de « karstique ». Ce calcaire karstifié s’étend sur l’ensemble du plateau châtillonnais avec des grottes, des avens et des siphons appréciés des spéléologues. Cela donne lieu à des phénomènes d’exsurgence parfois importants : après avoir suivi un parcours souterrain, l’eau jaillit à la surface. C’est le cas de la source de la Douix, qui prend naissance à la base des Falaises de Châtillon-sur-Seine. Tout comme le quartier de la Doua à Lyon, l’étymologie du nom de cette rivière signifie « source ». Ces eaux karstiques sont dites dures, car chargées en carbonate.
Didier QUESNE,
Sédimentologue Maître de conférences au laboratoire Biogéosciences, Université Bourgogne Europe, jusqu’en 2025
On se trouve ici au seuil de la Bourgogne, sur la bordure sud-est du Bassin de Paris. Le Jurassique moyen couvre une grande surface du sous-sol proche et des roches affleurantes de Bourgogne, et remonte vers le nord-est, jusqu’à la Lorraine. Le site des Falaises de Châtillon-sur-Seine a été amplement étudié pour son intérêt paléontologique. Les marnes, c’est-à-dire les carbonates argileux, condensent en particulier beaucoup de fossiles, qui y sont plus faciles à dégager. Les falaises ont également fait l’objet de recherches sédimentologiques, qui ont permis de comprendre comment se sont établis les calcaires. Ces études ont notamment révélé la présence de courants marins, attribués à des tempêtes équinoxiales.
Pour aller plus loin :
Pour approfondir la découverte des paysages façonnés par la dissolution du calcaire et la circulation des eaux souterraines, découvrez notre hors-série n°20 – Le Karst franc-comtois. Richement illustré, il explique le fonctionnement des réseaux karstiques, des grottes, des résurgences et des sources, tout en mettant en lumière le patrimoine géologique exceptionnel des massifs calcaires de Franche-Comté. A retrouver sur ici.