Au sud du massif du Morvan, le Mont Beuvray séduit par ses paysages et son empreinte gauloise, que l’on doit en tout premier lieu à son histoire géologique.
De quand date le Mont Beuvray ?
Cette montagne, dont le sommet atteint 821 m d’altitude, est constituée d’une roche datant de la fin du Carbonifère, soit d’il y a 310 à 300 millions d’années. Tout comme les Rochers du Carnaval d’Uchon, qui ont le même âge, cette roche est liée à la période tardivarisque. Elle correspond au moment de l’effondrement de l’immense chaîne de montagnes, la chaîne varisque, qui traversait alors la France et s’étendait bien au-delà, de l’Amérique du Nord à la Russie.
Comment s’est produite la formation du Mont Beuvray ?
La racine de la chaîne varisque, située à approximativement 90 à 100 km de profondeur, correspondait à un écaillage de la croûte continentale, de nature granitique. Lorsque la pression qui s’exerçait lors de la croissance de la chaîne a diminué, la racine est remontée à la surface. Dans ce contexte de moindre pression, les températures élevées des profondeurs l’ont partiellement mise en fusion, générant un magma granitique. Une partie de celui-ci est arrivée en surface, où elle a rapidement refroidi au contact de l’air pour se solidifier. Ainsi, si la roche du Mont Beuvray, que l’on nomme « rhyolite », est volcanique, sa nature chimique est semblable au granite. Les roches rhyolitiques du Mont Beuvray sont limitées par de minces failles d’1 ou 2 km de long qui fracturent la roche par endroits, fruit des contraintes de pression. Ces failles mettent en contact des roches de même nature, ou des roches sédimentaires, comme des grès et des conglomérats, que l’on trouve aussi sur le site, et qui sont issues de l’érosion de la chaîne varisque. On rencontre également quelques granites.
Pourquoi le site renferme-t-il une grande quantité de minerais ?
D’une température d’environ 800 °C, le magma à l’origine du site du Mont Beuvray n’était pas liquide. On pourrait le comparer à une crème anglaise ratée avec des grumeaux (des minéraux) et des fluides (dioxyde de carbone, dioxyde de soufre et eau). On parle de « concentration métallifère hydrothermale », le terme « hydrothermale » faisant référence à une eau à très haute température. Le Mont Beuvray a été beaucoup étudié par les archéologues, qui ont mis au jour, au début du 20e siècle, un site gaulois, l’oppidum de Bibracte. Or des traces d’activités minières prouvent que le fer, le zinc et le cuivre étaient exploités par les humains de l’époque gauloise, et même du Néolithique.
Didier QUESNE,
Sédimentologue Maître de conférences au laboratoire Biogéosciences, Université Bourgogne Europe, jusqu’en 2025
Pour identifier où il était le plus judicieux de pratiquer une excavation, l’observation de la couleur des roches a probablement guidé les « mineurs » protohistoriques. Des minéraux riches en cuivre laissent apparaître une teinte verdâtre ou bleutée, tandis que le fer confère une teinte orange à la roche. Outre la situation géographique stratégique avec une position dominante sur les alentours, on peut supposer que la potentialité minière du site a pu peser dans le choix d’implantation de l’oppidum gaulois. L’extraction minière d’autrefois a, aujourd’hui encore, des répercussions sur l’environnement du Mont Beuvray. Les restes, dits « terrils », provoquent des concentrations problématiques de métaux lourds suite à la remise à l’air libre de ceux-ci. Remobilisés par l’eau de ruissellement, ils entraînent une pollution des rivières et des sols.
Pour aller plus loin :
Découvrez le Mont Beuvray sous un autre regard ! Ce paysage remarquable est à retrouver dans notre hors-série n°21 Paysages de Bourgogne lus du ciel, qui dévoile l’histoire et les dynamiques des territoires vues d’en haut. Prolongez l’exploration avec notre épisode dédié sur la chaîne YouTube @bfcnature.