Visiteuse indésirée lorsqu’on élève du poisson, la Loutre d’Europe reconquiert notre territoire. Afin de se préparer, des solutions existent pour une cohabitation pacifique réussie.
La Loutre cause-t-elle beaucoup de problèmes dans les piscicultures bourguignonnes ?
Pour le moment, une seule pisciculture d’étang a subi des pertes avérées l’hiver dernier, difficiles à quantifier. Au moins quelques centaines de kilos de poissons dans des cages de stockage ont été victimes d’échouage et/ou de prélèvement par la loutre. Il s’agit donc d’un sujet très récent, que nous avions cependant anticipé. Après avoir quasi disparu de France dans les années 1990, l’espèce fait progressivement son retour dans nos cours d’eau. En Bourgogne, il semble rétrospectivement qu’une petite population ait discrètement subsisté dans le Morvan, mais sa phase d’expansion a été actée dans les années 2010. Dès 2015, la SHNA-OFAB* a engagé des démarches de sensibilisation auprès de trois pisciculteurs, pour qu’ils mettent en place des structures anti-prédation. En 2025, nous avons poursuivi nos prises de contact auprès d’une dizaine d’exploitants de la région.
Pourquoi est-il si crucial de prendre les devants ?
Si des dispositifs efficaces pour empêcher une loutre d’entrer dans une pisciculture sont mis en place avant toute tentative d’intrusion, ils seront dissuasifs. En revanche, si une loutre a déjà pris l’habitude de prélever dans une pisciculture, et que des dispositifs sont installés a posteriori, il sera bien plus laborieux de la faire renoncer. Elle cherchera à revenir par tous les moyens. C’est pourquoi nous préconisons aux pisciculteurs de s’équiper avant que la problématique ne se présente. Pour ce faire, il est indispensable de se faire accompagner, avec la réalisation d’un diagnostic sur-mesure. Chaque pisciculture a ses propres spécificités d’aménagements et de fonctionnement qu’il convient de considérer avec l’œil d’un expert de l’espèce.
En quoi consistent ces systèmes de protection ?
Ils peuvent prendre la forme de clôtures et grillages électriques, de grilles de protection, de fondations en béton, de lumières d’effarouchement, d’étangs de diversion, de chiens… Les loutres sont des animaux malins et habiles, capables de sauter, d’escalader, de creuser, de tirer… Si des barreaux sont nécessaires pour bloquer une arrivée par voie d’eau, ceux-ci doivent par exemple être espacés de 5 cm au maximum les uns des autres, à défaut de quoi elle saura se faufiler. Et leur épaisseur doit être d’au moins 1 cm, pour ne pas être tordus. Tous les détails comptent !
Glossaire :
BTSA : brevet de technicien supérieur agricole.
FEAMPA : Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture.
SHNA-OFAB : Société d’histoire naturelle d’Autun – Observatoire de la faune de Bourgogne.
Damien LERAT,
Responsable du pôle Mammifères non volants de la Société d’histoire naturelle d’Autun – Observatoire de la faune de Bourgogne
Les systèmes anti-prédation ont certes un coût pour les pisciculteurs, de l’ordre de 20 000 € pour chacune des 2 exploitations qui ont effectué la démarche dans le Morvan. Ces investissements sont néanmoins rapidement amortis au regard des pertes annuelles potentielles. Des aides financières peuvent être obtenues grâce au FEAMPA*. La Loutre d’Europe n’est plus chassable depuis 1972, et elle est nationalement protégée depuis 1981. C’est une représentante phare de la biodiversité aquatique et de la restauration des écosystèmes. S’équiper pour vivre en bonne entente avec l’espèce, c’est produire du poisson dans le respect de l’environnement, et de façon sereine à la fois pour le pisciculteur et pour ses poissons. Dans cette logique, la SHNA-OFAB dispense des animations auprès des étudiants du BTSA* Aquaculture du Lycée professionnel agricole du Morvan de Château-Chinon.