Dans le massif du Jura, les effets du réchauffement climatique se manifestent de manière aiguë, ébranlant les écosystèmes et la pérennité des activités humaines emblématiques de cette moyenne montagne.
Pourquoi qualifier les milieux montagnards de « milieux sentinelles » face aux processus climatiques actuels ?
Comme les milieux polaires, ils se montrent particulièrement sensibles aux bouleversements provoqués par les activités humaines. Ils révèlent donc plus vite qu’ailleurs les changements en cours et peuvent nous alerter pour nous pousser à agir. Dans le massif du Jura, il est par exemple évident que depuis les années 1970, les hivers sont de plus en plus doux et la neige de plus en plus rare. Si l’on regarde ce phénomène à travers le prisme économique, l’avenir des stations de ski apparaît compromis à moyen terme. Métabief ou Les Rousses ont ainsi engagé une transition en misant sur un tourisme quatre saisons.
Certains écosystèmes du massif jurassien sont-ils moins vulnérables que d’autres ?
Comme partout, le futur des montagnes du Jura dans leur entier est lié à la société humaine, qui déstabilise en profondeur tous les écosystèmes sans exception. Canicules et sécheresses affaiblissent les arbres, et les pathogènes comme les scolytes, favorisés par ces conditions climatiques, en viennent à bout. Comme les forêts, les tourbières asséchées perdent leur capacité à jouer le rôle de puits de carbone. Dans les montagnes calcaires où ils sont peu nombreux, les cours d’eau sont d’autant plus précieux. Or les modélisations annoncent une méditerranéisation du climat jurassien d’ici 2100, avec deux pôles saisonniers : excès de précipitations pendant la saison hivernale, et raréfaction des pluies en été et en automne. Les écosystèmes aquatiques vont davantage souffrir de faibles débits et les pollutions seront, de fait, plus concentrées. La hausse des températures de l’eau dépasse parfois le seuil critique supportable par les salmonidés durant certaines canicules.
Qu’en est-il des pâturages ?
Le Comté est l’un des fromages les plus vendus en France. La politique visait jusqu’ici à augmenter la fabrication de fromage par un renforcement de la production fourragère et un plus important cheptel. Cependant, les canicules menacent la production d’herbe en été et au début de l’automne. À quoi s’ajoute le problème de l’alimentation en eau. Il faut parfois recourir à des hélicoptères qui puisent dans les lacs du voisinage. Pour anticiper des difficultés majeures, le Comité interprofessionnel de gestion du Comté envisage désormais une réduction du nombre de bêtes à l’hectare.
Michel MAGNY,
Directeur de recherche CNRS émérite, Laboratoire Chrono-environnement, Université Marie et Louis Pasteur, Co-éditeur avec Hervé RICHARD d’Histoire du climat dans les montagnes du Jura, Écosystèmes et sociétés face à un avenir incertain
Longtemps, l’humanité a vécu de chasse et de cueillette. Il y a un peu plus de 10 000 ans, avec l’agriculture et la sédentarisation, cette civilisation de collecte s’est transformée en une civilisation de production, et les défrichements se sont accrus en même temps que la population. Puis, avec la révolution industrielle et l’usage des énergies fossiles, s’est développée une civilisation de surproduction, qui ne se contente plus de répondre aux besoins, mais en crée de nouveaux, avec des impacts grandissants sur la planète. L’humain est devenu un facteur déterminant pour les écosystèmes et le climat, ce qui a conduit Paul Crutzen, prix Nobel de chimie, à nommer notre époque « Anthropocène ». Les habitants des pays riches ont une responsabilité cruciale dans ces dérèglements et donc dans les politiques d’atténuation et d’adaptation qu’il importe aujourd’hui de mettre en œuvre.
Actualités de BFC Nature
Retrouvez sur notre chaîne YouTube BFC Nature toutes les vidéos des 20ᵉ et 21e Rencontres consacrées au thème « La nature à l’épreuve des changements », ainsi que « La nature, la nuit ».