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Les sensibles équilibres des paysages, des campagnols et des communautés de prédateurs

Questions de Nature

Les sensibles équilibres des paysages, des campagnols et des communautés de prédateurs

Selon des agencements de milieux liés à l’activité humaine, haies, campagnols, renards et autres prédateurs constituent des systèmes complexes qui peuvent aboutir à toutes sortes « d’équilibres ».

Publié le 11 janvier 2021

Qu’est-ce qui influence l’abondance des campagnols ?

Les campagnols ont un potentiel de reproduction colossal. En un an, un couple peut générer une centaine d’individus par emboîtement des générations (un couple donnant naissance à quatre jeunes, donnant eux-mêmes naissance, etc.). Il est donc surprenant qu’il n’y ait pas de pullulation permanente, qui plus est dans un environnement adapté comme le Haut-Doubs, où les prairies fournissent de la nourriture en quantité toute l’année. Cela s’explique par le fait que la mortalité des campagnols compense leur natalité soit par maladie, soit par prédation. La composition et la structure du paysage constituent des paramètres essentiels. Les haies, bosquets et taches forestières sont des réservoirs de prédateurs. Si ces éléments paysagers sont absents, les prédateurs généralistes le sont aussi. Les prédateurs spécialistes des campagnols, comme la Belette ou l’Hermine, restent présents tant qu’il y a des campagnols, mais le système ne peut être aussi stable que lorsqu’il y a un cortège varié de prédateurs.

Quelle est la situation en Bourgogne-Franche-Comté ?

Dans des systèmes agricoles comme ceux de Genlis, par exemple, il y a peu de campagnols et peu de prédateurs, les labours fréquents n’étant pas favorables aux campagnols, et l’absence de haies aux prédateurs. Les fluctuations y sont très modérées. Les nouvelles méthodes de culture plus respectueuses des sols (arrêt des labours profonds, intercultures, semi-directs) rendent cependant le milieu de plus en plus accueillant pour les campagnols. Dans le Haut-Doubs, des pullulations de campagnols ont lieu tous les cinq ans et les pics peuvent durer plusieurs années, puis la population chute brutalement. Après avoir connu 80 kg de campagnols à l’hectare, les prédateurs se retrouvent subitement avec seulement quelques grammes disponibles. Ils se reportent donc sur d’autres proies. Dans le massif du Risoux, dans les années 1970, on a par exemple pu observer une synchronie entre pullulation des campagnols et hausse du nombre de jeunes du Grand Tétras.

Comment prendre en compte ces données dans nos activités ?

Les activités humaines poursuivent des objectifs concurrents. Certains agriculteurs veulent plus de renards pour réguler les campagnols et ainsi préserver leurs prairies. D’autres souhaitent moins de renards pour protéger leurs poulaillers. Les chasseurs défendent le même objectif, car les renards consomment les lièvres qu’ils aimeraient chasser. Les acteurs de la santé publique mettent en garde sur l’abondance de renards, hôtes de l’échinocoque alvéolaire*. Et certains naturalistes militent pour une protection du renard. Les débats reposant sur des éléments souvent subjectifs, le programme de recherche-action CARELI a été lancé pour dix ans dans le Doubs avec l’ensemble des acteurs pour apporter des éléments scientifiques capables d’objectiver les choix.

Le mot de l’expert

Patrick GIRAUDOUX, Professeur émérite d’écologie à l’Université de Franche-Comté

En quoi consiste CARELI ?

Sur deux zones correspondant à deux catégories d’altitude et de paysage, le renard est protégé sur une moitié. Sur l’autre, il est classé organisme susceptible d’occasionner des dégâts*. Il s’agira d’observer quels sont les effets sur la densité de ses proies, mais aussi sur les dégâts aux poulaillers, aux cultures, et de mener des enquêtes sociologiques. Cette initiative illustre l’importance de travailler avec les acteurs qui agissent sur la biodiversité, pour protéger celle-ci. Il est illusoire d’espérer une sauvegarde qui passerait d’un côté par des réserves biologiquement stables, et de l’autre des milieux pauvres en biodiversité occupés par les humains, soumis aux pestes variées et allant de crise en crise. Les solutions viables et durables doivent s’organiser au plus près de nous, partout.

Pour en savoir plus

Dans le n° 31 de Bourgogne-Franche-Comté Nature, retrouvez un article de Patrick GIRAUDOUX sur le lien entre la dynamique de population des campagnols et les paysages. Visitez aussi le site Internet du programme CARELI : https://zaaj.univ-fcomte.fr/spip.php?article115&lang=fr.

Mini-glossaire

Échinocoque alvéolaire : vers plat qui cause l’échinococcose alvéolaire, une maladie parasitaire.
Organisme susceptible d’occasionner des dégâts : organisme anciennement nommé « nuisible ».

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