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Les campagnols trop nombreux pour les prédateurs

 Publié le 24 octobre 2022

Friands de racines, les campagnols terrestres ravagent cycliquement les prairies jurassiennes et doubiennes par leur nombre. Les populations de prédateurs suivent-elles ?

Comment les campagnols sont-ils devenus problématiques en Franche-Comté ?

Dans les années 1950, les éleveurs ont été encouragés à se spécialiser pour faciliter la mécanisation et optimiser la production. Ceux de Franche-Comté se sont concentrés sur les vaches laitières dont le régime doit être constitué exclusivement d’herbe ou de foin pour la fabrication du comté. La taille et la performance laitière des troupeaux ont augmenté et l’emprise et la productivité des prairies avec, mettant un terme à la polyculture. Il en a résulté un système écologique soumis à la pullulation de campagnols, dont le Campagnol terrestre, avec des pics de densité tous les 5 à 6 ans. Les individus se comptent alors par centaines par hectare, causant d’importants dégâts agricoles. Pour autant, les campagnols sont des proies essentielles à nombre de prédateurs.

Pourquoi des conflits de gestion ont-ils émergé ?

Les enjeux de protection des cultures et de conservation de la faune peuvent en apparence s’opposer. Par exemple, certains éleveurs apprécient le Renard roux pour sa consommation de campagnols quand d’autres déplorent ses prélèvements sur les poules et le fait qu’il défèque près des bâtiments. Chasseurs, piégeurs, protecteurs de la nature, administration de la santé soucieuse de la circulation de parasites… représentent autant de points de vue. 

 

 

Qui plus est, les scientifiques attirent l’attention sur l’extrême diversité des situations locales, des données étant nécessaires pour les objectiver. À cette fin, la FREDON* Bourgogne-Franche-Comté a initié un suivi au sein de la « Zone expérimentale de lutte anti-campagnols » dans le Doubs. Avec l’appui du laboratoire Chrono-Environnement, certains des prédateurs diurnes et nocturnes des campagnols ont été dénombrés pendant plus de 20 ans afin de voir si leur abondance fluctuait aussi.

Qu’a mis en lumière l’étude ?

Il apparaît que même si le nombre de prédateurs varie avec le cycle des campagnols, en moyenne, il reste stable. En revanche, sur le long terme, la structure de la communauté des prédateurs n’est pas stable du tout ! Au début de l’étude, la Buse variable était ainsi le prédateur dominant parmi les rapaces alors que 20 ans après, le Milan royal a pris sa place en grande partie. La Corneille noire, opportuniste et très répandue, représente la moitié des prédateurs comptés de jour. Son impact réel est inconnu et c’est un animal qui est rarement sous les feux des projecteurs, tout comme les chats domestiques, nombreux autour des villages, dont les prélèvements sont significatifs, pas seulement sur les campagnols. L’étude suggère aussi qu’il existe des interactions entre prédateurs, et entre prédateurs et proies alternatives. Ainsi, dans cette étude, quand la densité de Renard roux s’accroît, celle du Chat forestier, du Chat domestique et du Lièvre d’Europe diminue.

 


 

 

Le mot de l’expert

Patrick GIRAUDOUX, Professeur émérite d’écologie à l’Université de Bourgogne-Franche-Comté, Unité de recherche Chrono-Environnement

Les prédateurs peuvent-ils contrôler les pullulations ?

Leur rôle est fondamental pour prolonger les phases de faible densité, mais insuffisant pour empêcher les pics, lors desquels le prélèvement de proies par les prédateurs étudiés est multiplié par 7 quand la population de campagnols l’est par 1 000. Dans ce système, la production d’herbe, et donc de campagnols, est telle que les capacités des prédateurs sont débordées. Pour contrôler les campagnols, ce contexte nécessite de jouer sur un ensemble de facteurs susceptible de limiter la croissance des populations : travail sur le paysage au bénéficie des prédateurs (implantation de haies, perchoirs, protection réglementaire, etc.), introduction de perturbations de l’habitat (travail du sol, piétinement par le troupeau, etc.).

 


 

Mini-glossaire

FREDON : Fédération régionale de lutte et de défense contre les organismes nuisibles, au service des agriculteurs pour la santé des végétaux.

Pour en savoir plus

Découvrez un article complet sur les résultats de l’étude dans le n° 32 de la revue BFC NATURE. 2 vidéos résumant l’étude et détaillant l’impact des prédateurs sur les populations de Campagnol terrestre sont aussi à visionner sur https://zaaj.univ-fcomte.fr/spip.php?article118.

 

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