La Réserve Naturelle Nationale du Ravin de Valbois, biodiversité à tous les étages

La Réserve Naturelle Nationale du Ravin de Valbois, biodiversité à tous les étages

À 25 km au sud de Besançon, sur les communes de Cléron et Chassagne-Saint-Denis, les 234 ha de la RNN du Ravin de Valbois dévoilent toute la diversité d’une reculée jurassienne.

Pouvez-vous nous présenter la RNN du Ravin de Valbois ?

Le ravin de Valbois est une « reculée jurassienne » typique qui entaille les couches calcaires du premier plateau du Jura : il s’agit d’un vallon étroit, essentiellement forestier, caractérisé par une opposition de versants très marquée, au fond duquel s’écoule le ruisseau de Valbois qui rejoint la Loue plus en aval. La réserve naturelle appartient principalement à un seul propriétaire. Elle abrite une grande diversité de milieux naturels : falaises (avec un linéaire de près de 3 km), éboulis, versants forestiers, prairies, pelouses calcaires et marnicoles, ruisseau et petits affluents. C’est un site privilégié pour la biodiversité, avec près de 7 000 espèces végétales et animales dénombrées.

Quelles espèces y rencontre-t-on ?

Les falaises abritent des oiseaux patrimoniaux comme le Faucon pèlerin, le Hibou grand-duc, le Martinet à ventre blanc, l’Hirondelle de rochers, ou encore le Tichodrome échelette en hiver. Sur les pelouses calcaires nichent l’Alouette lulu, la Pie-grièche écorcheur et l’Engoulevent d’Europe. Les pelouses représentent également un enjeu botanique et entomologique fort, notamment par sa richesse en papillons, avec des espèces à affinité à la fois montagnarde et méridionale. Pour les plantes, on peut citer deux orchidées, l’Ophrys abeille et la Spiranthe d’automne, mais aussi l’Anthyllide des montagnes sur les corniches, ou encore l’Ibéris intermédiaire, typique des éboulis chauds et secs. Les forêts sont fréquentées par le Pic noir, le Milan royal et régulièrement par le Lynx.

En quoi consiste la gestion ?

Assurée par le Conservatoire d’espaces naturels de Franche-Comté, la gestion porte essentiellement sur les pelouses sèches qui font l’objet d’un pâturage conservatoire avec un troupeau de six ânes. Complémentairement, des travaux de débroussaillage sont menés et donnent lieu à des chantiers participatifs et avec des jeunes en formation professionnelle. Le but est de contenir la croissance des arbustes et arbres sur les pelouses, en laissant environ 30 % de strate buissonnante, car l’association de ces milieux ouverts et semi-ouverts s’avère particulièrement propice à l’accueil de la biodiversité. La forêt en fond de ravin, non exploitée depuis près d’un siècle, est laissée en libre évolution afin de favoriser le développement d’une forêt à caractère naturel où s’exprime la biodiversité. Le reste de la réserve fait l’objet d’une exploitation forestière extensive par son propriétaire.

Emmanuel CRETIN,

Conservateur de la Réserve Naturelle Régionale du Ravin de Valbois

Dans les années 1960-1970, des études de la Faculté des Sciences de Besançon ont mis en lumière l’intérêt du site et contribué à son classement en réserve naturelle en 1983. Aujourd’hui, la RNN demeure un terrain de recherches. Les espèces à enjeux font l’objet d’une surveillance attentive. Des suivis scientifiques permettent également de mesurer l’état de conservation des habitats naturels remarquables. Par exemple, 120 placettes forestières sont suivies tous les 10 ans selon le protocole PSDRF*, avec des relevés de divers paramètres : croissance des arbres, volumes de bois mort, micro-habitats… Une parcelle forestière a intégré récemment l’Observatoire des forêts comtoises*. Pour le public, l’accès est possible en respectant la réglementation et les propriétés privées. Un sentier balisé a été aménagé pour la découverte de la réserve naturelle. Les groupes de plus de 9 personnes doivent au préalable avoir obtenu une autorisation préfectorale.

Mini-glossaire : 

Observatoire des forêts comtoises : dispositif piloté par le laboratoire Chono-Environnement de l’Université de Franche-Comté pour suivre et étudier le dépérissement des forêts face au changement climatique.

PSDRF : Protocole de suivi dendrométrique des réserves forestières.

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