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La haute-chaîne du Jura, nouveau territoire d’exploration archéologique

Questions de Nature

La haute-chaîne du Jura, nouveau territoire d’exploration archéologique

Autrefois perçue comme un monde forestier hostile habité seulement à partir Moyen Âge central, la haute-chaîne du Jura se révèle un territoire exploité de longue date aux vestiges encore inconnus.

Quels sont les enjeux archéologiques sur la haute-chaîne du Jura ?

Le massif a peu été étudié et a longtemps été considéré comme peu fréquenté par les humains avant le 12e siècle et l’essor des ordres religieux. Pourtant, les sédiments des lacs et tourbières analysés ces 20 dernières années évoquent une autre histoire. Les pollens qui y sont conservés révèlent les premiers déboisements, le développement de la culture des céréales et du pastoralisme au cours de l’Âge du Bronze, c’est-à-dire 2000 ans avant notre ère. Pour trouver des éléments archéologiques corroborant ces données, le programme de recherche ArchéoPal a vu le jour en 2016. Il prospecte de manière transdisciplinaire et diachronique* un terrain quasi-inconnu des archéologues. La complexité de l’archéologie forestière d’altitude est aujourd’hui facilitée par la technique LiDAR : un laser embarqué dans un avion émet un faisceau jusqu’au sol, permettant une lecture micro-topographique avec une précision de quelques centimètres.

Des objets cachés par la forêt sont ainsi spatialisés pour orienter les recherches.

Quelles structures ont été découvertes ?

Concernant l’exploitation des ressources par exemple, nous avons localisé plus de 1 500 fours à chaux, contre une vingtaine recensée auparavant. Produite à partir de calcaire chauffé à plus de 1 000 °C, la chaux a servi de mortier et d’enduit dès la protohistoire. Dans le Jura à l’époque médiévale ou moderne, il ne s’agissait pas d’une production seulement destinée aux usages locaux comme on le pensait jusqu’alors : la chaux était fabriquée en grande quantité et probablement exportée en périphérie du massif. La taille des fours retrouvés est variable, mais peut atteindre 15 mètres de diamètre. Chaque four pouvait produire jusqu’à 30 tonnes de chaux par cuisson et servait une petite dizaine de fois.

D’autres activités ont-elles laissé des traces ?

Nous avons mis au jour des fours à poix, les premiers de ce type pour le nord et l’est de la France. La poix est un goudron végétal issu de la résine d’arbres, principalement d’épicéas sur la région. Elle servait à étanchéifier, à éclairer, possédait des vertus médicinales et vétérinaires. Les textes font pour la première fois mention de fours à poix vers 1230, or l’un de ceux découverts date de l’an 1000. Il a fonctionné et a été entretenu durant plus de 200 ans. Nous cherchons maintenant à étoffer nos connaissances, pour savoir par exemple s’il y avait une saisonnalité dans la production, quel type de bois était utilisé (bois de cœur, branches…) en étudiant les charbons en périphérie des fours. Notre travail ne fait que débuter. L’un de nos objectifs est de produire une première carte archéologique transfrontalière du massif en collaboration avec nos collègues suisses.

Le mot de l’expert

Vincent BICHET, Géologue et Maître de conférences à l’Université de Franche-Comté, Unité mixte de recherche Chrono-Environnement

La haute-chaîne du Jura n’était donc pas un désert humain ?

Certes, la région est forestière depuis des millénaires, mais elle a très tôt constitué un espace de production. Des populations y ont vécu pour exploiter les richesses naturelles, au carrefour de grands axes reliant notamment l’Italie et les Flandres. Nous avons mis en évidence des voies impériales du 1er et 2e siècles. Sous contrôle de Rome, elles impliquaient l’existence de relais et de structures commerciales qui restent à découvrir. Au gré des aléas climatiques, des guerres et des épidémies, des périodes de déprise puis de repeuplement ont eu lieu, mais l’occupation du massif a probablement été continue et, à certaines époques, plus importante qu’aujourd’hui. Ces nouvelles données ouvrent de nombreuses perspectives de recherche.

Pour en savoir plus…

Sur le site Internet de la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bourgogne-Franche-Comté, téléchargez le livret illustré Archéologie de la montagne autour des Fourgs (Doubs) depuis l’antiquité : https://www.culture.gouv.fr/Regions/Drac-Bourgogne-Franche-Comte.

Mini-glossaire

Diachronique : qui traite de l’évolution à toutes les époques.

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