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La Grassette, un brin vampire

Reconnaissable entre toutes avec son teint pâle sur son lit de mousses, la Grassette commune fascine par son adaptation carnivore.

Qu’est-ce que la Grassette commune ?

C’est une plante facile à identifier comme à localiser. Elle est assez courante, surtout dans les milieux montagneux, sur les ruissellements de pente où croissent des mousses, ou dans les terrains humides tels que les tourbières. Ses petites fleurs violettes ne sont pas particulièrement remarquables et la floraison étant brève, entre mai et juillet, il s’agit d’un simple « bonus » pour qui cherche l’espèce. En revanche, ses feuilles aplaties d’un vert pâle jaunâtre atypique, disposées en rosette à sa base comme celles des pâquerettes, sont reconnaissables toute l’année. La Grassette est présente dans le Doubs et le Jura, et a été également recensée en Saône-et-Loire.

Qu’est-ce qui la rend hors du commun ?

Elle illustre à merveille comment les plantes ont développé des solutions à un certain nombre de problèmes liés à la vie fixée, en passant par la biochimie. Par le sol via leurs racines et par l’air, elles captent généralement l’eau, le dioxyde de carbone et les matières minérales qui leur sont indispensables. Elles ont aussi besoin d’un dernier élément fondamental, l’azote, habituellement contenu dans les nitrates lorsque le substrat sur lequel elles sont établies est suffisamment riche. Grâce à la photosynthèse permise par le soleil, elles produisent du glucose qu’elles combinent avec l’azote pour fabriquer des protéines. Cependant la Grassette, qui vit sur des sols très pauvres, manque d’azote. Pour résoudre cette carence, elle se nourrit d’insectes. Le promeneur n’y prête pas souvent attention, mais il a à ses pieds le produit extraordinaire d’une évolution qui s’est opérée sur des millions d’années.

Comment la plante est-elle capable d’assimiler un animal ?

Elle possède deux types de glandes qui ne se discernent pas à l’œil nu car elles sont microscopiques : certaines sécrètent en continu de la colle qui englue l’animal pour le retenir avec encore plus d’efficacité qu’un papier tue-mouche, d’autres un suc digestif dont les enzymes dégradent la matière organique de la proie. Les éléments extraits sont absorbés par les feuilles à la manière de nos parois digestives. Plusieurs jours sont nécessaires avant que la digestion soit achevée. Cela en raison d’un processus qui se réalise à température ambiante, une condition toujours synonyme de lenteur (et parce qu’une carapace d’insecte n’est pas très digeste).

Frédéric LABAUNE, Professeur agrégé de SVT, auteur photographe de nature et sciences

La Grassette dispose de feuilles dont les bords sont ourlés, une structure qui facilite la digestion en diminuant la dilution du suc digestif. Ce repliement du bord de la feuille n’est pas aussi poussé que chez d’autres plantes, mais on conçoit que les individus qui ont des feuilles capables de s’enrouler auront un meilleur taux de survie. Ainsi, la Drosera à feuilles rondes qui pousse dans nos tourbières referme ses feuilles lorsqu’un insecte s’y pose. De plus, des gouttelettes perlent de ses petits tentacules rougeâtres, ce qui attire les insectes comme peut le faire la rosée. Ailleurs dans le monde, des espèces équipées de grosses urnes peuvent se nourrir de proies beaucoup plus conséquentes comme des amphibiens, des reptiles, des oisillons, ou des rongeurs.

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