Dans le département du Doubs, la commune de Nans-sous-Sainte-Anne regroupe dans un rayon de quelques centaines de mètres plusieurs sites hydrogéologiques karstiques d’intérêt.
Pourquoi la source du Lison est-elle remarquable ?
Le Lison est une très grande source, la 4e plus importante des sources françaises en termes de débit moyen. Elle est inscrite à l’inventaire mondial des sources majeures. C’est un lieu touristique prisé qui s’avère être le prototype de la protection des sites en France. En 1899, les habitants de la commune de Nans-sous-Sainte-Anne ont refusé un projet de captage total de la source. Se faisant leur relais, le député Charles Beauquier a porté un projet de loi visant à classer les sites naturels majeurs dans le but de les protéger. Adopté en 1906, ce texte législatif découle directement de ce combat en faveur de la source du Lison, qui a été classée en 1912.
De quels autres éléments remarquables est composé l’ensemble sourcier ?
À environ 200 m à l’ouest de la source, se dresse la superbe Grotte Sarrasine, au débouché de laquelle on peut se promener, et qui sert de trop-plein au Lison. En période de crue, lorsque la source n’est plus capable d’écouler toute l’eau des conduits souterrains, c’est-à-dire quand le débit dépasse 12 m3 par seconde, une partie s’écoule par cette grotte à raison de 5 m3 par seconde. Par ailleurs, à une centaine de mètres au sud, on peut découvrir le Creux-Billard, un ancien gouffre au plafond effondré qui communique avec la source du Lison. Cet ensemble est un bel exemple du patrimoine karstique du massif jurassien. Fait de calcaire, le massif est façonné par les eaux d’infiltration qui y ont creusé des réseaux et taillé de surprenantes formations rocheuses, un tout que l’on nomme « karst ».
Quel autre site hydrogéologique mérite le détour à Nans-sous-Sainte-Anne ?
À un peu plus d’1 km, et indépendante des précédents sites, coule la source de Verneau. C’est le point de sortie de 33 km de galeries, le 17e plus long réseau de karst connu en France. Il a été largement exploré par les spéléologues et plongeurs ces 30 dernières décennies, non sans risque, car il est nécessaire de nager sous l’eau sur une centaine de mètres pour atteindre des galeries que l’on peut parcourir à pied. Sur cette source, on observe une tufière, autre manifestation karstique. L’eau chargée du calcaire dissous des roches qu’elle a traversées a tendance à perdre son calcaire lorsqu’elle arrive dans l’atmosphère. Les végétaux qui croissent autour de la source et consomment le gaz carbonique de l’eau précipitent ce dépôt de calcite, et se retrouvent comme fossilisés.
Jacques MUDRY,
Hydrogéologue des milieux fissurés, retraité de l’Université Marie et Louis Pasteur
Le Lison correspond à ce qu’on appelle une résurgence. L’eau de la source coule en surface en amont, formant une rivière nommée Lison du haut, ou Lison supérieur. Puis son cours se perd à différents endroits, pour reparaître à Nans-sous-Sainte-Anne. Avec la Grotte Sarrasine, la source du Lison représente un exemple de saturation de conduits. Aujourd’hui, de l’eau s’écoule d’une fissure en contrebas de la Grotte Sarrasine en permanence, mais avec un très faible débit. Cela témoigne d’un bassin d’alimentation propre à la Grotte Sarrasine, en plus du Lison. On peut cependant penser qu’à une époque, la Grotte Sarrasine avait un débit permanent bien plus important. Le niveau d’eau souterrain s’est probablement enfoncé, conduisant à un déport de la sortie de l’eau par la source du Lison. C’est ainsi que la Grotte Sarrasine est passée du statut d’exutoire principal à celui de trop-plein de la source du Lison lors des crues.