Cruciale pour la faune et la flore reconnue par des sites Natura 2000*, la diversité des paysages de l’arrière côte dijonnaise et beaunoise forge aussi l’identité du territoire.
Pouvez-vous nous présenter le site Natura 2000 « Arrière côte de Dijon et de Beaune » ?
Avec ses plus de 60 000 hectares, il est le plus vaste site Natura 2000 de Bourgogne-Franche-Comté, et se superpose à 2 autres sites Natura 2000. Il s’étend de Dijon jusqu’au Cirque du Bout du Monde à Nolay, et de la côte viticole jusqu’à la Vallée de l’Ouche. Le site de l’Arrière côte a été classé pour la protection de ses oiseaux. Parmi les 19 espèces reconnues d’« intérêt communautaire » justifiant son classement, figurent l’Alouette lulu, le Faucon pèlerin, le Circaète Jean-le-Blanc, et le Hibou grand-duc. Le long de la succession de combes bien visibles depuis la plaine, on trouve pour moitié des boisements divers, mais aussi d’emblématiques pelouses calcaires, des milieux rupestres et quelques milieux humides. Les expositions variées sont propices à l’accueil d’une grande diversité d’espèces.
Quelle problématique viticole se pose ?
Le site correspond à l’arrière-pays de l’un des plus célèbres territoires viticoles de France, la Côte de Nuits et la Côte de Beaune. Il comprend plus de 4 000 hectares non plantés de vignes, mais classés en AOC. Or le foncier viticole est saturé sur la côte, et les parcelles sont en train d’y cuire littéralement, ce qui rend la haute côte très prisée. Ces cinq dernières années ont été marquées par une explosion des demandes de plantations nouvelles, mettant en péril le site Natura 2000, qu’aucune réglementation ne protège face au retournement des pelouses calcaires en vignes. Seule existe une demande d’autorisation de défrichement auprès de l’État sur les parcelles boisées, comme partout sur le territoire national. De fait, on observe un grignotement progressif par la vigne.
Pourquoi avoir réalisé une cartographique ?
En s’appuyant sur un croisement de données naturalistes et grâce à un code couleur, chaque parcelle s’est vue attribuer un niveau de priorité écologique. L’objectif : repérer précisément les zones où la biodiversité est fragile, comme les précieuses pelouses calcaires, et celles où l’implantation de la vigne pose moins de risques. 18 % de la surface présentent un fort enjeu environnemental (rouge), contre 13 % avec des enjeux jugés faibles (vert). Outil d’aide à la décision, cette cartographie guide les futurs projets viticoles vers les zones vertes. En complément, des aménagements concrets (enherbement des rangs, maintien ou plantation de haies ou bosquets…) permettent d’atténuer localement la perte d’habitats naturels.
Lara CHATARD,
Chargée de mission Natura 2000 en charge du site de l’Arrière côte de Dijon et de Beaune
L’essentiel de notre travail repose sur la concertation, en lien avec la Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne, les Organismes de défense et de gestion, et le Syndicat des Hautes Côtes impliqués dans les procédures de demandes de plantation. Beaucoup de professionnels viticoles sont attachés aux paysages diversifiés dans lesquels s’inscrivent les vignobles de l’arrière côte, et prennent conscience des enjeux. Dans la continuité de la cartographie déjà établie, le Syndicat de défense et de gestion des Hautes Côtes de Beaune et de Nuits a lancé le projet « Horizon hautes côtes », pour mettre cartographiquement en lumière d’autres sujets : ressources en eau, pentes, valeur agronomique des sols, paysages, évolutions climatiques… Les porteurs de projet disposeront ainsi d’un outil clé en main. L’espoir serait aussi que l’INAO* fasse évoluer la zone AOC d’ici quelques années, pour déclasser certaines parcelles à forts enjeux environnementaux et en classer d’autres.
Mini-glossaire :
INAO : Institut national de l’origine et de la qualité.
Natura 2000 : plus grand réseau de sites naturels protégés au monde, créé par l’Union européenne pour préserver la biodiversité, avec pour objectif de protéger les espèces et les habitats menacés, tout en maintenant les activités humaines et économiques locales.