Cap sur les coraux des Rochers du Saussois

Surplombant l’Yonne et le canal du Nivernais, les falaises du Saussois sont prisées des grimpeurs, mais aussi des géologues.

Pourquoi les Rochers du Saussois sont-ils spécialement intéressants d’un point de vue géologique ?

On y trouve les vestiges fossiles d’un ancien récif corallien d’une cinquantaine de mètres de hauteur très bien préservé, datant du début du Jurassique supérieur, soit d’il y a approximativement 160 millions d’années. Les raisons de cette bonne conservation restent incertaines. Un sol autrefois plus épais à cet emplacement a pu offrir des conditions physico-chimiques favorables. Ou peut-être l’existence de failles a-t-elle épargné de l’érosion ce qui se situait autour d’elles.

Ces fossiles sont-ils facilement discernables ?

Ils peuvent rester inaperçus si l’on ignore leur présence, mais un observateur en quête de fossiles en découvrira assez aisément. Les rochers apparaissent gris aux yeux du visiteur, une patine due aux cyanobactéries et aux lichens, mais un coup de marteau de géologue révèle un calcaire plutôt clair. En se penchant plus en détail, on remarque des amas de petits ronds : ce sont des branches de coraux coupées transversalement. À d’autres endroits, les mêmes organismes ressemblent à des doigts, lorsqu’ils ont été coupés longitudinalement. Outre ces nombreux polypiers* branchus, on rencontre d’autres types de polypiers sur le secteur, notamment des polypiers en boules, pour certains encore en position de vie, c’est-à-dire apparaissant tels qu’ils étaient implantés de leur vivant.

Que nous enseigne l’étude du massif sur le paléoenvironnement des alentours ?

Les espèces tropicales de coraux présentes impliquent une température de l’eau d’environ 25 à 28 °C. Certaines correspondent aux actuels madrépores, variétés qui fabriquent leur carbonate grâce à la symbiose* avec des algues, les zooxanthelles. Or celles-ci ont absolument besoin de lumière pour leur photosynthèse, ce qui suppose une faible profondeur d’eau, puisqu’à partir de 200 m de profondeur, il fait noir. Ces paramètres sont comparables à ceux de l’actuelle grande barrière de corail australienne. Les Rochers du Saussois sont marqués par des sortes d’ondulations : certaines zones sont en relief, d’autres en creux, ces dernières contenant plus d’argile. Cela a conduit à une dissolution différente, et témoigne de variations des profondeurs d’eau.

Mini-glossaire

Polypier : squelette calcaire des coraux regroupant plusieurs individus, les polypes coralliens, pouvant s’agglomérer jusqu’à former des récifs.

Symbiose : association mutuellement bénéfique entre deux organismes.

Didier QUESNE,

Sédimentologue Maître de conférences au laboratoire Biogéosciences, Université Bourgogne Europe, jusqu’en 2025

Le récif corallien des Rochers du Saussois correspondait à un écotone, zone de lisière avec la pleine mer particulièrement riche en biodiversité. Il produisait, mais également recyclait, une très importante quantité de matière organique. Les études montrent en effet qu’il y avait peu de matière en suspension : l’eau était claire. A posteriori, cette eau peut être qualifiée d’oligo-mésotrophe, autrement dit riche, mais pas à l’excès. Dans certaines zones des rochers, on observe des marques de prédation sur les coraux. Parmi ces marques, on relève des traces de broutage, qui sont probablement le fait de poissons aux mâchoires adaptées, de type Poisson-perroquet. D’autres marques, cette fois de perforations, peuvent être attribuées à des éponges, et d’autres encore, à des étoiles de mer. Ces indices laissent imaginer une faune proche de celle des grandes barrières de corail d’aujourd’hui.

Rechercher

Partagez :

Consulter d’autres articles : 

Nos dernières publications :