Avec plus de 660 espèces en France, chacune ayant leurs préférences, les coléoptères aquatiques ont le profil parfait pour livrer aux scientifiques des renseignements sur leur milieu de vie.
Qui sont les coléoptères aquatiques et pourquoi sont-ils des indicateurs intéressants ?
Ce sont des insectes dont les larves vivent dans l’eau et dont les adultes restent fortement liés aux milieux aquatiques. Comme tous les coléoptères, ils sont munis d’une paire d’ailes coriace. Celle-ci protège une autre paire d’ailes qui permet à la plupart des espèces de voler. Les individus sont ainsi capables de quitter un plan d’eau pour en rejoindre un autre si besoin. Leur présence témoigne donc de l’adéquation du milieu pour leur espèce. Inventorier les coléoptères offre une vision de l’écosystème plus détaillée que celle obtenue, par exemple, à travers les amphibiens, pour lesquels ne peuvent être recherchées que des présences/absences d’un petit nombre d’espèces patrimoniales.
Quels types d’informations procurent les coléoptères ?
Certaines espèces sont prédatrices, d’autres phytophages. Certaines sont généralistes, d’autres spécialistes. Les identifier éclaire donc sur toute la chaîne alimentaire d’un milieu : existence de proies précises, d’herbiers en quantité suffisante… Cela fournit également des indications de température, quelques espèces aimant les eaux fraîches, et sur la pérennité du point d’eau. En effet, certaines espèces n’occupent que des mares temporaires, où elles échappent à la concurrence. En recenser révèle que le milieu connaît des assecs. L’état de santé d’une mare peut aussi être apprécié : dans une tourbière, si seules des espèces ubiquistes sont rencontrées, sans trace d’espèces spécialistes des mares tourbeuses, c’est que la mare est en train de perdre son caractère tourbeux. Enfin, certaines larves sont polluosensibles vis-à-vis de polluants chimiques, ou d’un excès de matières en suspension.
Selon quelles modalités sont-ils recensés ?
Les inventaires, ponctuels ou répétés, visent à dresser un état des lieux, estimer des tendances, ou évaluer l’efficacité d’actions de conservation. Ils sont conduits avec un passage à l’automne et un au printemps, selon le protocole ICoCAM*. Actuellement, il implique de s’appuyer sur un référentiel national basé sur des données notamment bretonnes et normandes. Le contexte bourguignon étant sensiblement différent, un référentiel plus local était nécessaire : ces 3 dernières années, avec le soutien de l’Agence de l’eau Seine Normandie, 80 mares sont prospectées par la SHNA-OFAB sur l’Yonne, le nord de la Nièvre et l’ouest de la Côte-d’Or, pour disposer d’indicateurs solides et pertinents à notre échelle.
Mini glossaire :
ICoCAM : Indicateur composite des coléoptères aquatiques des mares.
Pour en savoir + :
Une aide à la détermination des gros coléoptères aquatiques est à télécharger sur le site de la Société d’histoire naturelle d’Autun – Observatoire de la faune de Bourgogne : https://ressources.shna-ofab.fr/fr/aides-a-la-determination_721.html
Mathurin CARNET,
Responsable du pôle Invertébrés de la Société d’histoire naturelle d’Autun – Observatoire de la faune de Bourgogne
Des opérations telles qu’une mise en défens pour limiter le piétinement par le bétail peuvent par exemple être souhaitables pour certaines mares remarquables, qui ne payent parfois pas de mine de prime abord. À l’inverse, une jolie mare peut n’abriter que quelques espèces communes, notamment si elle contient des poissons. Dans chaque cas, il convient d’analyser le problème pour envisager potentiellement des interventions, comme un curage ou une mise en lumière. Bien que l’on manque de recul, la situation des coléoptères aquatiques paraît contrastée sur la région. Nos bocages abritent encore une belle diversité d’espèces prairiales, certaines semblant en déclin en France, comme Agabus nebulosus, induisant des enjeux de préservation. Les espèces des milieux tourbeux, elles, semblent disparaître. Or chaque disparition sur un site est potentiellement irréversible, car les tourbières sont rares et insuffisamment connectées entre elles, rendant tout retour peu probable.