Avec la tente Malaise, ni camping, ni Malaisie en perspective, mais une foisonnante incursion dans le monde des mouches !

Pourquoi inventorier les mouches ?

Au-delà de la Mouche domestique qui vient nous chatouiller les pieds pendant la sieste ou qui fréquente les étables, il existe une grande diversité de mouches. Elles forment l’ordre des diptères, qui compte 88 familles, dont celles des taons, des tipules, ou encore des moustiques. Tous ces insectes ont pour point commun de n’avoir qu’une paire d’ailes, « diptère » signifiant « deux ailes ». En France, plus de 5 000 espèces sont répertoriées, mais cette liste est loin d’être exhaustive. Les découvertes sont assez fréquentes. En réalité, on connaît bien peu cette biodiversité, qui gagne à être investiguée. De plus, une famille de mouches, les syrphes, représente un excellent bioindicateur. Inventorier les espèces présentes dans un milieu permet d’évaluer l’état de celui-ci.

Par quels moyens identifie-t-on les mouches ?

La plupart étant complexes à déterminer, il est impossible de les reconnaître à vue. Si une capture au filet peut être utile en complément, c’est surtout le piège Malaise, une sorte de tente canadienne, qui s’avère l’outil le plus efficace pour collecter les mouches. L’entomologiste René Malaise a conçu ce dispositif en 1937. Les dimensions préconisées par l’inventeur servent toujours à la construction des pièges : 100 cm de large, pour 150 de long et 120 de haut. On dispose le piège au milieu d’un couloir de vol, souvent en lisière de forêt, pour qu’il intercepte les insectes en leur barrant le passage. En se heurtant à la toile, ils tombent dans un flacon d’alcool. On se livre ensuite à une identification à l’aide d’une loupe binoculaire, et parfois d’analyses génétiques.

Qu’est-ce qui rend la tente Malaise si opérante ?

Une fois posée, elle reste en place sans demander grand effort. Il suffit de changer de flacon toutes les deux semaines. En capturant de manière aléatoire les insectes, sans les attirer, le piège détecte des espèces qui passeraient sinon inaperçues. Il n’est pas soumis au biais observateur et fonctionne par tous les temps. Un ciel couvert peut conduire à annuler une prospection terrain, tandis que la tente capte les insectes y compris lorsqu’il n’y a qu’une heure de soleil, ou même quand il pleut. Ces prélèvements sont certes létaux, mais ponctionnent une fraction de ce qui est présent, de l’ordre de 1 à 2 g par jour (pour comparaison, un juvénile de Pic noir consomme en moyenne près de 10 g d’insectes par becquée).

Mini glossaire

Cicadelle : insecte suçant la sève des végétaux, du même ordre que les punaises ou les cigales.

Jocelyn CLAUDE,

Entomologiste indépendant

Je travaille sur le tri, puis la valorisation des insectes échantillonnés, dans le cadre des études avec des pièges Malaise. À l’aide des syrphes spécifiquement, je réalise des diagnostics écologiques de milieux naturels, identifie les spécimens et anime des formations. Aussi, ma spécialité concerne les Psilidés, des phytophages vivant dans les racines, et les Pipunculidés, des parasites des cicadelles*. J’ai d’ailleurs décrit 4 espèces nouvelles pour la science et mis à jour les listes de référence de France, Belgique et Suisse. On ignore presque tout de ces drôles d’insectes. Des financements seraient utiles pour renforcer les efforts de prospections en dehors des espaces naturels protégés, généralement les seuls à être étudiés. La biodiversité s’érode, mais on ne sait pas suffisamment la documenter. Il arrive que des flacons soient triés 30 ans après récolte, sans qu’on sache si les espèces contenues existent encore…

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