Pour tenter d’enrayer la régression du surnommé « Coq de bruyère », démarches scientifiques et de sensibilisation sont menées de front dans le massif jurassien.
Qui est le Grand tétras et comment se porte-t-il ?
C’est là qu’est né et qu’a vécu Georges-Louis Leclerc, dit Buffon, au 18e siècle, époque où l’Europe a connu une intense production scientifique. En tant qu’Intendant du Jardin du roi, la vie parisienne retenait Buffon quelques mois dans l’année, mais il revenait régulièrement à Montbard, lieu de cœur et de prédilection. Il y a rédigé son Histoire naturelle, générale et particulière, ouvrage fondamental qui a fait sa renommée. Parmi ses collaborateurs, Louis Jean-Marie Daubenton, également Montbardois, lui a succédé en devenant le premier directeur du Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Le Musée expose la vision que ces deux savants avaient de l’histoire naturelle.
Pourquoi un tel déclin ?
L’espèce est sensible à la fréquentation humaine, et pâtit de la dégradation et de la fragmentation de son habitat. Également causé par l’homme, le changement climatique représente une autre menace, en particulier à travers ses dégâts sur les forêts. La multiplication et l’allongement des canicules et des sécheresses, couplés à la prolifération d’un insecte parasite favorisé par les températures douces, le Scolyte typographe, sont à l’origine d’un dépérissement spectaculaire d’arbres. Depuis 2020, sur la base de données satellite, le Parc naturel régional du Haut-Jura a estimé que 8 % des épicéas sont morts, une situation problématique pour un oiseau forestier comme le Grand tétras. Les faibles effectifs et le manque de connectivité entre les populations engendrent une hausse de la consanguinité qui compromet d’autant plus son avenir.
Qu’est-il actuellement entrepris en faveur de l’espèce ?
Afin de mieux évaluer la fréquentation humaine, des données issues de pièges photographiques et d’enquêtes auprès des usagers, en cours d’analyse, devraient livrer des pistes pour agir sur le plateau de Champfromier/Chalam, dans l’Ain. En 2018 et 2025, des campagnes LiDAR* ont de plus été conduites pour disposer d’une cartographie précise de tout l’arc jurassien. Les nuages de points obtenus sur l’équivalent d’un million d’hectares ont été traduits par l’INRAE* de Grenoble en variables forestières, telles que la hauteur et la densité de végétation. Les objectifs : identifier les secteurs défavorables à l’oiseau pour les améliorer, et conserver les habitats les plus favorables. Au quotidien, le Groupe Tétras Jura échange avec tous les acteurs locaux, des forestiers en passant par les professionnels du tourisme, pour identifier problématiques et solutions. Cela se matérialise parfois par la création de zones de quiétude volontaires.
Vincent GARDET,
Chargé de missions scientifiques au Groupe Tétras Jura
S’envoler demande beaucoup d’énergie au Grand tétras, qui ne s’y risque que contraint. En hiver, le moindre dérangement peut compromettre sa survie. Chacun a un rôle à jouer dans sa protection en restant sur les sentiers, en sortant sans son chien, en ne cherchant pas à l’observer en période sensible… Le développement du tourisme naturaliste et des sports de nature accentue la pression sur cette espèce fragile et sur toutes les espèces que son habitat accueille, faune comme flore. Le Groupe Tétras Jura y est vigilant, y compris pour ses suivis scientifiques. Il multiplie par ailleurs ses actions. Avec le programme Jura Bioforest, il accompagne une gestion sylvicole vertueuse pour restaurer l’habitat du Grand tétras : essences diversifiées, maintien de bois mort… Depuis 2025, il vient à la rencontre des habitants, scolaires et touristes, avec une exposition itinérante en roulotte sur la biodiversité des forêts d’altitude.
Mini-glossaire
INRAE : Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.
LiDAR : acronyme de Light detection and ranging, technique laser de mesure à distance ultra-précise.
Pour en savoir plus
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